Murasaki Shikibu


Dame d’honneur de l’impératrice Akiko dans les premières années du XIe siècle, Murasaki Shikibu est une femme de lettres qui a décrit l’aristocratie japonaise. Son oeuvre conte l’histoire du Prince Genji dont l’attitude se matérialise en un mauvais karma qui sera finalement résorbé. La structure du texte, son écriture délicate provoquent un ravissement esthétique immédiat. Très imprégné de bouddhisme et de néo-taoïsme chinois, le texte est aussi une critique de la polygamie japonaise de l’époque et, dans une autre mesure, une contestation politique de la domination masculine mêlée d’une fascinante beauté littéraire qui éveille les consciences.

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Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu, illustré par la peinture traditionnelle japonaise Chef-d’œuvre de la littérature mondiale et texte fondateur du roman japonais, Le Dit du Genji ou Genji Monogatari, écrit au début du XIe siècle, relate la vie du prince Genji dans la société de la cour impériale et apporte un éclairage exceptionnel sur la culture japonaise : poésie, musique et peinture accompagnent le Genji en politique et en amour tout au long de sa vie mouvementée. Murasaki Shikibu a trouvé les modèles de ses personnages parmi ceux qu’elle côtoyait dans l’atmosphère raffinée de la cour impériale de Heian, actuelle Kyôto, et les a dépeints avec un extraordinaire souci de l’analyse psychologique. Elle se distingue par sa finesse dans l’observation des sentiments et des comportements, sa sensibilité dans la description des saisons, de l’impermanence des choses et des êtres ou encore son habileté à construire un récit complexe, peuplé de dizaines de personnages aux destins croisés. Après sept années de recherches iconographiques sans précédent et plus de 2 500 peintures recensées -520 oeuvres du XIIe au XVIIe siècle et 450 détails en couleurs parmi les plus remarquables et pour la plupart inédits en Occident- l’intégralité des plus anciens fragments de rouleaux subsistant du XIIe siècle et classés trésors nationaux au Japon a été sélectionnée pour publier une oeuvre majeure. Dit du Genji   Des autorisations exceptionnelles ont permis de publier des œuvres provenant des collections impériales japonaises, de monastères, de musées privés et nationaux, de fondations et de collections privées à travers le monde entier.

Où va-t-on ?


J’écoutais hier Zemmour qui disait détester le XXIe siècle et j’en arrive au même constat. Tout se délite : les économies, le travail, la santé, la bouffe, les relations humaines, les catastrophes naturelles et celles provoquées par l’Homme, etc., et bien sûr cette « guerre » menée par un petit groupe contre les plus grandes nations occidentales. Hier, l’annonce de l’exécution de l’otage britannique a été plus que je ne pouvais supporter. La 5e en un mois et demi… J’étais en larmes devant ma télé. Ce matin, j’allume l’ordi et je tombe sur cette info… Où va-t-on ? Peut-on encore croire en quelque chose ? La vie n’a plus aucun caractère sacré. On joue avec elle. Les attentats mais aussi ces manipulations génétiques qui finissent par mettre mal à l’aise comme cette transplantation d’un utérus qui a permis la naissance d’un bébé de… 1,8 kg… Quelle victoire… Et nous, on doit se lever tous les matins pour gagner les quelques euros qui nous permettent de vivre chaque jour et donner l’espoir à nos enfants que la vie est merveilleuse pour autant qu’ils savent mettre toutes les chances de leur côté… Ne trouvez-vous pas que c’est dérisoire ? Mon fils est adulte maintenant et j’ai le sentiment qu’il fait partie de la dernière génération qui a pu connaître quelques années prometteuses même si cette génération va devoir vivre maintenant dans notre monde bien pourri, bien vicié, bien corrompu et prometteur de rudes combats. Ne vous êtes-vous jamais demandé quel était votre avenir, à vous adultes très avancés dans la vie ? Je me pose très souvent la question et j’ai peur.

 

 

L’étrange destin du château de Bonnivet


Le château de Bonnivet en Poitou fut construit par Guillaume Gouffier, seigneur de Bonnivet, grand amiral de France, favori de François Ier, frère cadet d’Arthus Gouffier (grand maître de France, qui a commencé la construction du château d’Oiron). Jean Bouchet nous dit « que le château de Bonnivet était l’un des plus somptueux du royaume de France » et Brantôme « qu’il était le plus superbe édifice qui soit en France s’il était achevé selon son dessein ».

Bonnivet est à 16 kilomètres au nord de Poitiers et à 2 kilomètres à l’est de Vendeuvre. L’amiral était seigneur de Bonnivet ; le connétable de Bourbon était duc de Châtellerault. Les 2 terres se touchaient. En construisant ce château fastueux et splendide, Guillaume Gouffier eut pour but d’exaspérer son puissant voisin qui lui avait fait sentir le mépris dans lequel il le tenait et qu’il savait détesté par le roi et sa mère.

 

 

Gouffier (1513-1622)

La construction fut interrompue par la mort de l’amiral, en 1525. Ne voulant pas survivre au désastre de Pavie, dont il était un des principaux auteurs, il leva la visière de son casque, se jeta dans la mêlée et se fit tuer. Ses descendants se désintéressent du château qu’il leur laisse inachevé. Ils passent d’ailleurs la plus grande partie de leur vie sur tous les champs de bataille. Enfin, son arrière-petit-fils, Henri-Marc, échange en 1622 la terre et le château de Bonnivet à Aymé de Rochechouart contre la châtellenie de Fougerolles près de Remiremont et d’autres domaines en Bourgogne.


Rochechouart-Mesgrigny (1622-1712)

En 1644, Aymé de Rochechouart donne le marquisat de Bonnivet en dot à sa petite-fille Eléonore à l’occasion de son mariage avec Jacques de Mesgrigny. Ce sont eux qui de 1649 à 1672 vont restaurer, orner, et achever le château. Il dut être alors une splendide et princière demeure. La tradition veut que ce soit ce cadre que Perrault ait choisi pour y placer son conte du Chat Botté. Le château de l’Ogre, que grâce à sa ruse il donne à son maître, serait Bonnivet ; les vastes propriétés qu’il lui fait attribuer par les faucheurs et les moissonneurs seraient celles des Mesgrigny ; enfin, le nom de Carabas qu’il choisit pour son maître ne serait autre que celui d’une branche des Gouffier, les Gouffier-Caravas.


De Chasteigner (1712-1792)

En 1712, leur petite-fille Eléonore épouse Eutrope Alexis de Chasteigner. C’est elle qui, par ce mariage, apporte Bonnivet dans la famille des Chasteigner qui vont en être les derniers possesseurs. Eléonore de Chasteigner survécut à son mari, à ses enfants, à son gendre, et mourut en 1784, âgée de 97 ans, ne laissant après elle que 6 de ses petits-enfants. Dans les partages de sa succession, Bonnivet échoit à Charles-Louis de Chasteigner, le plus jeune. Sa part d’héritage est estimée sur les actes un million de francs environ. Incapable de restaurer le château, et même de l’entretenir, il le vend à un nommé Curieux à condition de le démolir.

En 1792, Charles-Louis de Chasteigner émigre. En 1795, ses biens sont vendus comme biens d’émigré. Curieux se fait adjuger aux enchères l’emplacement du château de Bonnivet. La démolition avança lentement. Au début, elle est purement utilitaire. On profite de cette merveilleuse carrière de pierres toutes taillées, et de ces bois d’ouvrage secs et équarris pour construire et réparer à bon marché. Ce n’est que plus tard que quelques hommes de goût sauvèrent de la destruction les fragments qui se trouvent aujourd’hui dans nos musées. L’abbé Gibault, conservateur de la bibliothèque de Poitiers, fut un des premiers. Jusqu’à sa retraite en 1830, il donne au musée de la ville la presque totalité des sculptures qui font de ce musée le plus riche en fragments venant de Bonnivet.

Peu à peu d’ailleurs, le goût s’affine, se répand. La Société des Antiquaires de l’Ouest, fondée en 1834, y aide et y contribue. Quelques-uns de ses membres vont sauver les sculptures éparses et achètent dans les démolitions du château non plus des matériaux à bâtir, mais des fragments de sculptures sur pierres ou sur bois pour le bonheur délicat de les admirer chaque jour, ou pour les offrir aux musées de la Société, où l’on peut encore aujourd’hui les étudier et les admirer. Enfin, quelques fragments quittent la province pour aller enrichir les grands musées de Paris : Cluny en achète 35 fragments en 1913, le Louvre, 3 en 1906.

Aujourd’hui, il n’existe plus rien de Bonnivet ; quelques soubassements de murs percés et recouverts de ronces et d’épines. A peine peut-on découvrir l’emplacement de ce château qui a été un des plus fastueux de la France.

 

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Chrétien de Troyes, l’inventeur du roman d’amour


Chrétien de Troyes, né vers 1135 et mort vers 1183, est considéré comme l’un des premiers écrivains de roman chevaleresque. Il serait originaire de Troyes.

La force de son œuvre est d’avoir repris les contes bretons et celtes du roi Arthur en les transposant selon les codes de la littérature courtoise. Au centre de sa poésie, le dilemme entre la loyauté chevaleresque -la raison- et l’amour véritable.

Avec son œuvre inspirée de la chanson de geste, mais plus encore d’Ovide, Chrétien de Troyes place le beau et le sentiment amoureux au centre de l’art occidental. Ses textes diffusent les valeurs d’un romantisme inédit, d’autant plus qu’il fait aussi l’éloge de l’amour charnel.

 Le Conte du Graal

 

Aujourd’hui, on ne sait presque rien de la vie de Chrétien de Troyes sauf ce qu’il en a lui-même dit dans ses romans ; dans le prologue et à la toute fin de ses ouvrages, il se désignait sous le nom de Chrétien de Troyes, ce qui donnerait quelques informations sur sa ville natale. Mais aussi, dans certains de ses recueils, il affirme avoir écrit sous le commandement de la dame de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII. Dans le prologue de sa dernière œuvre, il indique être au service de Philippe d’Alsace, le comte de Flandre mais aussi le prétendant de Marie de Champagne.

L’œuvre de Chrétien de Troyes est liée à la légende du roi Arthur. Il s’agit de légendes celtiques ayant pour cadre la cour du roi Arthur, un chef celtique héros de la résistance des Bretons à l’invasion de leurs îles par les Anglos et les Saxons au VIe siècle. Le cadre géographique où évoluent ses héros -l’Irlande, la Cornouaille, le Pays de Galles, l’Armorique- est le monde celtique, celui qui a échappé en grande partie à la civilisation romaine ou aux invasions germaniques. Ses personnages (Yvain, Lancelot, Perceval…) sont ceux des chevaliers de la Table Ronde, les héros des légendes arthuriennes. Il utilise également des détails féériques et merveilleux qui sont une des caractéristiques des légendes celtiques.

Les héros de Chrétien de Troyes vivent dans un milieu raffiné, où la brutalité chevaleresque que l’on rencontre dans les Chansons de Gestes du siècle précédent a cédé la place à des relations dominées par l’amour courtois et la figure de la dame aimée. Les chevaliers cessent de se battre pour défendre leur honneur, pour le service de Dieu ou de leur suzerain. Désormais ils sont soumis aux caprices de leur dame et doivent accomplir les exploits qu’elle exige comme preuve de leur amour. Il s’agit d’une influence occitane, celle de la société des troubadours qui s’est développée dans le sud de la France. La reine Aliénor d’Aquitaine et ses filles Marie de Champagne et Aélis de Blois, émigrées par mariage dans la France du nord et même en Angleterre, sont entourées de poètes, de musiciens. La production de ces derniers est centrée sur la mise en scène des sentiments amoureux , des conflits entre l’amour et le devoir, thèmes qui sont ceux des romans de Chrétien de Troyes qui fréquente ces milieux aristocratiques.

Le dernier roman, celui de Perceval et de la conquête du Graal, mêle à des aventures romanesques et courtoises une inspiration chrétienne très présente.

L’œuvre de Chrétien de Troyes est fondée sur le thème du conflit entre l’amour de la dame et le goût pour l’aventure chevaleresque. Dans Erec et Enide, son premier roman, le héros Erec, par ses exploits, conquiert la femme aimée. Mais il se ramollit dans la vie familiale et est accusé de lâcheté. Aussi il repart à l’aventure mais cette fois en obligeant sa femme à le suivre.

Dans Le chevalier au lion, Yvain préfère l’aventure à l’amour. Après de multiples exploits il n’est pardonné qu’en restant tranquillement auprès de sa dame.

Dans le Chevalier à la charrette, Lancelot, le modèle des chevaliers, sacrifie son honneur et risque sa vie pour l’amour tyrannique voire capricieux de la reine Guenièvre.

En plus d’être un écrivain exceptionnel, Chrétien de Troyes a un style bien à lui qui distingue ses ouvrages des autres auteurs médiévaux. En effet, il donne aux romans courtois une dimension plus contemporaine en confrontant les personnages à de rudes épreuves mais aussi à une situation inédite : celle qui met en scène de vaillants chevaliers devant choisir entre leurs devoirs et leur amour.

 

Source

 

 

Extrait d'Erec et Enide