L’invention du stéthoscope

Un jour de 1816, Laënnec est consulté par une jeune fille : « Je fus consulté en 1816 par une jeune personne qui présentait des symptômes généraux d’une maladie de cœur et chez laquelle l’application de la main et la percussion donnaient peu de résultats à cause de l’embonpoint. L’âge et le sexe de la malade m’interdisant l’espèce d’examen dont je viens de parler, je vins à me rappeler un phénomène d’acoustique fort connu : si l’on applique l’oreille à l’extrémité d’une poutre, on entend très distinctement un coup d’épingle donné à l’autre bout. J’imaginais que l’on pourrait peut-être tirer parti de cette propriété des corps. Je pris un cahier de papier, j’en formai un rouleau dont j’appliquai une extrémité sur la région précordiale, et posant l’oreille à l’autre bout je fus aussi surpris que satisfait d’entendre les battements du cœur d’une manière beaucoup plus nette et plus distincte que je ne l’avais jamais fait par application directe de l’oreille. »

En amplifiant les bruits de l’auscultation grâce à l’invention d’un instrument, Laënnec a donné naissance au stéthoscope (de deux mots grecs : stethos, poitrine, et skopein, examiner).

Avec Laënnec, les cliniciens pour la première fois apprenaient à se servir de leur oreille. Le médecin consigna alors la théorie stéthacoustique et ses applications pour la pratique. Il note avec soin tout ce qu’il entend, il analyse les bruits et établit une coïncidence entre les symptômes cliniques et les constatations faites par autopsies. Il écrit à un ami : « Le livre que je vais publier sera, je l’espère, assez utile tôt ou tard pour valoir mieux que la vie d’un homme et en conséquence mon devoir était de l’achever quelque chose qui pût m’arriver. »
Ce livre « De l’auscultation médiate » ou « Traité du diagnostic des maladies des poumons et du cœur fondé principalement sur ce nouveau moyen d’exploration », paru le 14 août 1818, est prodigieux de précision et de découverte. On y retrouve, parfois sans modifications, les questions de concours telles qu’elles sont présentées de nos jours. Il étudie la pneumonie :  » Le râle crépitant est le signe pathognomonique de l’engouement inflammatoire du poumon. Ce signe présente alors l’image de bulles très petites très égales entre elles, et il parait très peu humide. Ces caractères sont d’autant plus saillants que le point enflammé est plus voisin de la surface du poumon. »

Lorsqu’il eut connaissance de la découverte de Laënnec, Châteaubriand écrivit : « Au moyen d’un tube appliqué aux parties extérieures du corps, notre savant compatriote breton, le docteur Laënnec, est parvenu à reconnaître par la nature du bruit de la respiration, la nature des affections du cœur et de la poitrine. Cette belle et grande découverte fera époque dans l’histoire de l’Art. Si l’on pouvait inventer une machine pour entendre ce qui se passe dans la conscience des hommes, cela serait bien utile au temps où nous vivons. C’est dans son génie que le médecin doit trouver le remède, a dit un autre médecin dans ses ingénieuses maximes, et l’ouvrage du docteur Laënnec prouve la justesse de ses observations ».

hebergeur image

Théophile-René-Marie-Hyacinthe Laënnec est né le 17 février 1781, à Quimper dans le comté de Cornouailles. Sa mère, née Michelle Guesdon, meurt de tuberculose alors qu’il n’est âgé que de cinq ans. Son père, Théophile Marie Laënnec, issu de la noblesse de robe, exerçait les fonctions, plus honorifiques que rémunératrices, de conseiller du Roi et de lieutenant de l’Amirauté. Il ne s’intéressa pas longtemps à ses enfants et dès son veuvage, il les remettra à son frère le docteur Guillaume Laënnec, médecin-chef de l’Hôtel Dieu à Nantes. C’est ainsi que celui qui fera plus tard ses études à Paris sera d’abord éduqué au collège de Nantes.

Il est pris d’admiration pour son oncle, médecin, grand humaniste et admirateur d’Horace et d’Ovide, dont il dira plus tard : « J’ai appris de lui les vertus secrètes des métaux et des plantes, étudié sous ses yeux les structures de l’homme et acquis quelques-unes des connaissances qui mènent à l’art de guérir ».

Nantes va bientôt souffrir des désordres de la guerre. La guillotine installée sur la place du Bouffai va décider la famille Laënnec à déménager pour fuir le spectacle atroce du couperet. Le 29 septembre 1795, Théophile-René Laënnec est nommé à Nantes aide-chirurgien de 3e classe, c’est-à-dire étudiant en médecine militaire. En 1797, il est envoyé à l’Hôpital militaire de Brest pour y soigner les blessés avec le grade de chirurgien de 3e classe. Par concours, il accède en 1798 au grade d’officier de santé de 2e classe, ce qui lui permet de poursuivre ses études à Paris.

En 1801, Théophile-René Laënnec s’installe à Paris chez son frère aîné Michaud, étudiant en droit. Là, d’une part il retourne aux études classiques, latin et grec, à l’Ecole du Collège des Quatre Nations ; d’autre part, il est élève libre à l’Ecole de santé où il suit les cours de Corvisart, Pinel, Bichat et Dupuytren. Les études médicales du jeune Laënnec sont très tôt orientées vers les affections thoraciques.

Il participe à la fondation de la « Société d’Instruction médicale ». Quelques mois après, il écrit dans le « Journal de la Médecine », dont Corvisart assurait la direction, un long article sur les inflammations du péritoine et presque chaque mois, il fera paraître, sous sa signature, des mémoires toujours intéressants qui le font connaître.

C’est à cette époque qu’il se rapproche de l’Eglise. Sous l’influence d’un jésuite, le père Delpuits, il est admis, en mars 1803, dans la Congrégation, association de prière et de travail. Désormais, pour Laënnec, les agissements du chrétien et les devoirs du médecin seront intimement liés.

Depuis plusieurs années, il avait pris, pour gouverner sa maison, une parente veuve et ruinée, Jacquette Guichard, veuve Argou. Désirant lier leurs destinées, ils se marient dans l’intimité à la mairie du VIe arrondissement puis à l’église Saint Sulpice le 16 septembre 1824. Ils vont bientôt habiter 17 rue Saint-Maur, devenue depuis 1880 rue de l’abbé Grégoire, à Paris .

Malheureusement, cette vie exemplaire sera fauchée à 45 ans. Malade, Laënnec quitte Paris pour la Bretagne et meurt dans la maison familiale, le manoir de Kerlouanec, le 13 août 1826, probablement d’une tuberculose dont il avait enseigné le diagnostic, contractée au cours de ses dangereuses investigations. Il est inhumé au cimetière de Ploaré.

Dans son testament on peut lire ce qu’il léguait à un ami :  » Je lui donne ma montre, mes breloques, ma bague. Je lui donne aussi mon stéthoscope, la meilleure partie de ma succession. »

En 1879, l’hospice des incurables prend le nom d’hôpital Laënnec. C’était la première fois en France qu’un hôpital recevait le nom d’un médecin.

 

René-Théophile-Hyacinthe LAENNEC

4 réflexions sur “L’invention du stéthoscope

  1. Grâce à ton article, je sais enfin qui a inventé le stéthoscope et ce que le médecin entend avec cette invention. Je n’avais jamais cherché à savoir à quoi servait cet appareil qu’il se mettait dans les oreilles, peut-être parce qu’il s’en est rarement servi sur moi ou alors parce qu’il s’en servait dans mon dos et que je ne le voyais pas.
    Merci pour cet article et toutes les informations qu’il contient. Aujourd’hui, je suis donc moins bête qu’hier.
    Bisous. Guy.

  2. Bonjour Valérie,
    Laënnec à eu une idée géniale en 1816 en donnant naissance au stéthoscope . Ton article est très intéressant et plaisant.
    Premier jour de printemps ce sera avec de la neige. Mais tu sais….mars – avril sont des mois capricieux..
    Bonne journée
    Bisous

  3. Bonjour Valérie
    Comme toujours tes articles sont très intéressant. Merci pour tes partages.
    Bonne journée et bonne semaine et de bons souhaits pour ton changement
    Bisous

Une bafouille ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s