L’assassinat du procureur Fualdès

 Antoine Bernardin Fualdes Dans la nuit du 19 mars 1817, dans Rodez endormie, Antoine Bernardin Fualdès, ancien procureur impérial du département de l’Aveyron, est sauvagement assassiné au son d’un orgue de Barbarie destiné à couvrir ses cris.

L’enquête ne traîne pas, et bien qu’elle ait révélé les conditions particulièrement atroces dans lesquelles a été commis ce meurtre et qui frappèrent les imaginations (la victime ayant été pratiquement saignée à blanc), elle ne fait pourtant pas totalement la lumière, malgré les lourdes condamnations qui suivirent sur les véritables coupables et leurs mobiles.

Les soupçons se portent vite sur les habitants de la maison Bancal, une maison mal famée sise rue des Hebdomadiers, non loin de la demeure de Fualdès, et les responsables sont recherchés dans l’entourage immédiat du magistrat : l’agent de change Jausion, Bastide-Gramont, beau-frère et filleul de la victime, Collard, locataire des Bancal, le contrebandier Boch, la femme Bancal et sa fille Marianne, Anne Benoit, blanchisseuse, Missionier, son amant, et Bousquier, tous furent accusés de lui avoir tendu un guet-apens.

Il apparaît très vite que le vol ne constitue pas le mobile du crime. Une histoire antérieure, où plane l’ombre d’un infanticide qui aurait été commis par Jausion en 1809 et aurait été étouffée par amitié par Fualdès, s’est imposée comme un mobile plus acceptable que la somme modique qui lui est dérobée.

Le côté sordide du meurtre, la faiblesse des mobiles, les zones d’ombres non élucidées, l’implication des élites, font que toute la ville -et la France- bruisse de rumeurs à tel point qu’on a pu parler de « l’incroyable épidémie d’affabulations » alimentée par la « curieuse personnalité » mythomane de Clarisse Manson, témoin par éclipse du meurtre.

Le procès dure du 18 août au 12 septembre 1817. Le verdict est à la hauteur de la cruauté du crime : quatre condamnations à mort, deux à perpétuité, un an pour Bousquier. Marianne Bancal est acquittée.

Pour autant, l’affaire ne s’arrête pas là. Les esprits étaient tellement surchauffés par cette parodie de procès où les élites royalistes ont fait corps pour faire condamner les accusés qu’un vice de forme imputable aux greffiers est allégué pour faire annuler et dépayser le procès à Albi. C’est en cour d’assises du Tarn qu’est rejugée l’affaire à partir du 25 mars 1818.

Au cours de ce second procès, la fameuse Clarisse Manson, « témoin » fascinant et séduisant, déconcerte le public par son passage incessant d’une logique individuelle (elle n’a rien vu de ce meurtre) à une logique sociale (Clarisse répond alors à ce qu’on attend d’elle, elle remplit le rôle qu’on veut lui donner, elle s’y conforme).

Lorsqu’elle nie, elle s’exclut du jeu, devient par là-même déviante et soupçonnable. Pour la logique sociale dominante qu’exprime l’opinion, Clarisse ne peut pas ne pas avoir été chez Bancal au moment du crime : donc elle avoue. Mais en fait, sans doute n’y était-elle pas : donc elle nie. Exigences sociales et spécificités individuelles vont se combiner pour élaborer une alchimie instable, finalement déconcertante bien que profondément concertée.

Le repentir spectaculaire de certains soi-disant complices ajoute à la confusion, mais la sentence de la peine capitale est confirmée pour Bastide, Jausion, et Collard qui sont exécutés le 3 juin 1818. La Bancal voit sa peine commuée à perpétuité.

 

A-t-on assassiné Antoine Fualdès pour raison d’état ?

Antoine Bernardin Fualdès, né en 1761, était un ancien révolutionnaire. Devenu sous l’Empire juge à Rodez, il ne faisait pas mystère de ses relations avec Barras et prétendait être très bien renseigné sur bien des choses, principalement sur l’évasion de Louis XVII de la prison du Temple.

Lors du procès de ses prétendus assassins Bastide, Jausion, la Bancal et Bousquier, Didier Fualdès son fils, partie civile, dépose le 7 février 1818 entre les mains d’un magistrat une correspondance assez révélatrice, bien que non signée. Il y est écrit que Fualdès avait été tué à cause de l’évasion et de la survivance de Louis XVII.

Le document est transmis à Decazes, alors garde des Sceaux et ministre de la police, alors qu’il aurait été naturel que le magistrat à qui l’on avait remis cette lettre anonyme fasse faire une enquête. Celui-ci cacha dans son château de La Grave en Gironde des dossiers de l’Etat. Il fut trouvé dans cette cache, en 1898, l’acte de décès du supposé Louis XVII. Qu’y a-t-il eu d’autre de trouvé ? Decazes fils, qui fut ministre des affaires étrangères, ne parla jamais des dossiers ou archives secrètes léguées par son père.

Il est peu probable que Fualdès, franc-maçon, ancien membre du tribunal révolutionnaire, persécuteur des royalistes durant les Cent-Jours, ait été assassiné que pour ces seules raisons. Mais autour de cette sombre affaire et de celle du Temple, combien de meurtres ? Combien de disparitions soudaines et opportunes, combien de mensonges et de trahisons ? On en revient toujours à la même question : pourquoi Louis XVIII a-t-il fait ériger un monument à la mémoire de son frère Louis XVI et de sa belle-sœur Marie-Antoinette et que ne l’a-t-il fait pour son neveu Louis XVII ? Pourquoi n’a-t-il pas voulu se faire couronner roi ?

Il se pourrait bien que les papiers que détenait Antoine Fualdès aient été de nature à lever ce secret.

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L’affaire Fualdès frappa si fort ses contemporains que l’on en trouve de nombreuses mentions dans les ouvrages des plus grands auteurs des XIXe et XXe siècles :

– Honoré de Balzac : La Muse du département, Une ténébreuse affaire, Le Curé de village, Les Employés, L’Interdiction

– Gustave Flaubert : Bouvard et Pécuchet

– Victor Hugo : Les Misérables

– Gaston Leroux : Le Fauteuil hanté

– Anatole France : Le Jardin d’Épicure

– Arthur Bernède : L’Affaire Fualdès

– Denis Marion : L’Affaire Fualdès

 

Assassins Fualdes

Source

4 réflexions sur “L’assassinat du procureur Fualdès

  1. Que d’assassinat du passé on découvre dans tes billets, on dirait que tu les recherches. As-tu réussi à obtenir ces récits conservés dans les archives des tribunaux depuis ces périodes reculées?
    C’est quand même toujours intéressant à découvrir. Merci pour tes efforts de recherche.
    Bisous. Guy.

    • Je les recherche. J’ai toujours eu un goût prononcé pour le pénal. Et puis ce genre d’affaires judiciaires est aussi lié à l’Histoire de France, une passion pour moi.
      Je ne sais pas s’il est possible en France de consulter les archives judiciaires. Je n’ai jamais essayé.
      Bon après-midi.
      Bisous Guy.

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